Une affaire en cours – Chapitre 24

Chloé se contempla dans le miroir en pied de sa chambre.

Pendant son entretien avec Paul Morin, un texto avait bipé sur son téléphone. En sortant de la mairie, elle l’avait aussitôt affiché. Stéphane Bruneau lui demandait de le rappeler. Mais elle était tombé sur son répondeur. Chloé lui avait alors adressé un texto de son téléphone privé. C’était devenu préférable. Dix minutes plus tard, un message était arrivé sur ce dernier, l’invitant au New Delhi, le restaurant indien de Saint-Farrot. A vingt heures ? avait-il proposé. Son cœur s’était accéléré à la perspective d’être bientôt avec lui. Mais comment allait-elle y aller ? Le restaurant avait la réputation d’être un endroit plutôt chic. Fallait-il une tenue adéquate ? D’ailleurs, elle n’en possédait aucune, ayant toujours été allergique aux vêtements féminins, qui lui paraissaient aguicheurs. Les robes, les jupes, les décolletés, les talons, ce n’était pas du tout sa tasse de thé. Elle était finalement allée trouver Anou, qui saurait peut-être la conseiller. Celle-ci l’avait emmenée dans une boutique nichée dans une petite rue, qu’elle connaissait bien avait-elle dit. Les deux femmes avaient fouillé les vêtements et accessoires, jusqu’à ce qu’Anou déniche, triomphante, ce qu’il lui fallait. Peu convaincue, Chloé était passée en cabine d’essayage. Quand elle était sortie, Anou s’était éclairée d’un grand sourire.
– C’est parfait, avait-elle dit tournant, ravie, autour de Chloé.
– Tu crois ? s’était demandé Chloé. Ça ne fait pas un peu… drôle ?
– C’est parce que tu as l’habitude des pantalons, avait répondu Anou.
Chloé avait tout embarqué, était passée à la caisse, et de retour, s’était fait couler un bain qui avait évacué un peu de son excitation.

Elle jeta à nouveau un regard vers le miroir, toujours aussi perplexe, avant de ramasser les clés sur la table et de fermer la porte.

Trente minutes plus tard, elle sortait de sa voiture, pestant contre elle-même et son désir de plaire. Elle se serait sentie beaucoup plus à l’aise dans sa tenue habituelle. Et si Stéphane se moquait d’elle ? Elle en rougit à cette seule pensée. Mais il n’était plus temps de faire marche arrière. Elle s’avança vers le restaurant, le cœur battant, ouvrit la porte, faillit tomber en butant sur la marche qu’elle n’avait pas vue, heureusement, Bruneau n’avait pas l’air d’être dans les parages. Il devait être installé plus loin. Un serveur se précipita vers elle, puis tout sourire la guida vers l’alcôve à l’abri des regards où se tenait Stéphane, concentré sur un texto qu’il était en train de rédiger. Il ne l’avait pas vue venir.

– Bonjour, dit Chloé d’une voix mal assurée. Ce qui ne la caractérisait pas du tout. Mince alors, j’ai l’impression d’être à mon premier rendez-vous. Reprends-toi ma fille ! se sermonna-t-elle.

Stéphane leva les yeux. La lueur qui s’y alluma rassura Chloé. Bon, elle n’avait pas l’air trop cloche. C’était déjà ça.

– Lieutenant, dit-il en se levant à son tour. Vous êtes…
– Bizarre ? Etrange ? Pittoresque ? devança la jeune femme. Mais qu’est-ce qui me prend ! pensa-t-elle.

Stéphane Bruneau éclata de rire. Il s’approcha de Chloé à la frôler, son regard de braise plongeant dans le sien.

– Délicieuse… Fabuleuse… Exquise… dit-il. C’est mieux, non ? Vous avez trop tendance à vous dévaloriser. Je vous trouve très…

Il préféra laisser son regard dériver sur la robe bohème, longue, évasée vers le bas, dont le tissu léger épousait sa silhouette, les bretelles dévoilaient ses épaules, et les tons rouge orangé rehaussaient son teint, tranchant avec le noir de ses cheveux courts ébouriffés de mèches rebelles. Un ras de cou encerclait délicatement sa gorge, brillant sur sa peau dorée par les lumières ambrées du restaurant.

Bruneau, lui tout de noir vêtu, l’invita à s’asseoir en ne la quittant pas des yeux. Un serveur s’avança aussitôt avec deux cartes de menus, une pour Stéphane incluant les prix, l’autre, neutre, pour Chloé. Le restaurant offrait une prestation haut de gamme et englobait cette option que les serveurs, habitués, proposaient à certains de leurs clients quand ils sentaient que le diner était « spécial ».

– Vous avez des préférences ? demanda Stéphane qui consultait le menu. Des allergies ?
– Non, répondit Chloé en secouant la tête. Je suis cosmopolite question nourriture. Choisissez pour moi, ce sera très bien.

Après avoir passé commande, un silence s’installa durant lequel chacun ne put se détacher du regard de l’autre. Puis, Stéphane sourit doucement. Avançant sa main, il prit celle de Chloé, caressant doucement ses doigts, juste un peu, tout en continuant de la dévisager ouvertement. Chloé frissonna de tout son corps. Comment une si infime partie de peau pouvait-elle être aussi réceptrice ? Mais peut-être y avait-il une façon de toucher l’autre. Elle croisa délicatement ses doigts dans ceux de Stéphane, dont le regard déconcerté émut la jeune femme.

– Vous… vous êtes si déroutante, murmura-t-il d’une voix presque inaudible.
– J’ai l’impression de ne plus savoir quoi dire, avoua-t-elle. Vous aussi, vous êtes… spécial.
– Spécial comment ? demanda Stéphane avec un petit sourire.
– Quand je vous ai rencontré la première fois, j’ai vu quelqu’un qui semblait si sûr de lui. A présent, je vois en vous comme une… fragilité.

Le regard de Stéphane s’assombrit. Sa main se crispa, sans se défaire cependant de celle de Chloé.

– Vous avez raison, acquiesça-t-il. Le plus étrange, c’est que je peux le reconnaitre, devant vous, sans ressentir ce besoin de fuir qui me poursuit lorsque je ressens ces moments de… faiblesse.
– Vous avez tenté d’en comprendre la raison ?
– Vous parlez de psychanalyse ? J’en ai entrepris une, il y a des années. J’avoue qu’elle n’a guère été concluante. Certains cauchemars, certaines… sensations sont toujours là. J’ai même l’impression qu’ils se sont renforcés ces derniers temps. Est-ce lié à la mort de mon père ? Je ne sais pas…
– Je pourrais peut-être vous aider, avança Chloé. Si vous le voulez aussi.
– M’aider ? s’étonna Stéphane. Je ne vois pas comment. Votre présence m’apaise déjà beaucoup. J’ai envie d’aller avec vous plus loin. Dans un endroit où je ne me suis encore jamais retrouvé. Je sens viscéralement que nous deux, ce n’est pas une simple histoire… C’est beaucoup plus que cela. Et j’avoue que je n’y comprends rien. J’ai envie de vous, lieutenant sans ressentir l’envie de vous posséder. Je n’ai encore jamais connu cela.

Stéphane était troublé. Chloé resserra ses doigts.

– Je ressens la même chose, dit-elle, mais… Elle hésita. Comment lui dire ce qu’elle ne pouvait décidément pas lui cacher ? Il y a quelque chose que vous devez savoir… à propos de moi, poursuivit-elle sous les yeux interrogateurs de Stéphane. Je veux être transparente. Elle s’arrêta quelques seconde, puis reprit : Je ressens quelque chose de très fort à votre encontre, c’est vrai, seulement…
– Seulement ? demanda Stéphane, incertain.
– J’ai un enfant,  se lança-t-elle. Une fille. Elle s’appelle Sophia. Elle a neuf ans.

Stéphane Bruneau se recula contre le dossier de sa chaise, délaissant la main de Chloé, le visage s’étant refermé. Un silence lourd s’ensuivit,

Et voilà ! se dit Chloé. J’ai tout gâché. Et pourtant il fallait lui dire. Que tout s’arrête maintenant, avant que les sentiments ne prennent trop d’ampleur, pensa-t-elle, le coeur serré.

– Et le père ? demanda enfin Stéphane, sortant d’une longue réflexion.

Chloé raconta succinctement sa jeunesse. Le père était inexistant, d’ailleurs il n’était pas au courant, elle ne l’avait plus revu quand elle avait su pour sa grossesse. Bruneau l’écouta, attentif, ne laissant rien paraitre de ses émotions. Chloé regarda son visage silencieux, qu’elle avait déjà appris à aimer. Bouleversée, elle se dit qu’il était sans doute préférable de partir. Bruneau n’avait évidemment pas besoin de l’enfant d’une autre.

– Je… je suis désolée, dit-elle, faisant le geste de se lever. Je comprends que cela vous choque… et que vous n’ayez pas…

Mais Bruneau l’attrapa doucement par le bras, il s’approcha par-dessus de la table, le regard noir indéchiffrable.

– J’ai trop besoin de vous, lieutenant, pour m’arrêter maintenant.

Surprise, Chloé ouvrit de grands yeux et se rassit. Avait-elle bien entendu ? Stéphane acceptait-il sa fille ?

A cet instant, le serveur arriva les bras chargés d’un large plateau. Il disposa sur la table diverses coupelles dont les parfums épicés montaient délicieusement aux narines et, d’un large sourire, leur souhaita bon appétit.

Cela permit d’alléger la tension qui s’était installée. Stéphane se redressa, retrouvant son sourire, ne lâchant pas Chloé des yeux, l’invitant à se servir et à goûter les spécialités commandées.

– A une condition, répondit celle-ci, émue et soulagée.

Bruneau leva un sourcil.

– Laquelle ?
– On se tutoie. Et tu cesses de m’appeler lieutenant.
– Va pour le tutoiement, dit Stéphane. Pour le lieutenant, ça va être plus compliqué, poursuivit-il avec un regard espiègle, c’est que j’aime bien ce nom, moi. Je trouve qu’il apporte un certain piment.

Chloé ne put s’empêcher de rire.

– Comme tu veux, dit-elle. Je te laisse le choix.

Stéphane mima une petite courbette

– Grand merci ! dit-il.

Le repas se poursuivit dans une ambiance intime et détendue, ponctuée de rires et de regards brûlants. Lorsqu’ils sortirent du restaurant, il était presque minuit. Tous deux se regardèrent un long moment, debout sur le trottoir, sans oser bouger et rompre la magie.

*

Chloé émergea lentement de sa nuit. Elle crut qu’elle venait de se réveiller d’un rêve. Un si beau rêve, pensa-t-elle, déçue de retrouver l’âpre réalité. Puis les événements se bousculèrent dans sa tête. Elle se releva d’un bond, regardant autour d’elle. Elle n’était pas chez elle. Ce lit n’était pas le sien. C’était celui de Stéphane qui l’avait entrainée chez lui après leur diner au New Delhi. Elle se retourna mais la place à côté était vide. Puis elle entendit du bruit en provenance d’une autre pièce. Rassurée, elle se laissa retomber dans les draps encore froissés. Elle sourit en repensant à cette nuit si spéciale qui les avait réunis avant de se blottir, repus, l’un contre l’autre.

Stéphane apparut sur le seuil de la chambre. Constatant que Chloé était réveillée, il lui sourit et vint s’allonger contre elle.

– On remet ça ? proposa-t-il, taquin.
– Là, maintenant ? dit Chloé, innocemment.
– J’aimerais tant, soupira Stéphane. Mais il est déjà huit heures et j’ai un rendez-vous. Viens, dit-il, le café est prêt. Je veux que tu sois en forme pour poursuivre ton enquête. Puis se penchant vers elle : il est grand temps de trouver enfin l’assassin de mon père.

*

Quatorze heures trente. Chloé tournait en rond dans le commissariat. La matinée avait été chaotique, entremêlée des souvenirs de la veille, qui l’habitaient encore. Elle était difficilement parvenue à se concentrer sur ses dossiers. A onze heures, elle était allée dans le bureau du commissaire Champlain pour l’informer de ses avancées, avancées qui malheureusement, dit-elle, ne lui permettaient pas encore de cibler un potentiel meurtrier. Champlain était impatient que l’enquête soit bouclée certes, mais il trouvait qu’elle s’en sortait tout de même pas mal. Il le lui dit, l’encouragea à poursuivre, et à ne rien lâcher.

Pelletier était absent pour la journée. Bonne idée, avait pensé Chloé, heureuse de se retrouver seule dans l’espace qui leur était alloué. Après avoir répondu en souriant au texto de Stéphane qui venait de lui envoyer un cœur et un : « A ce soir ? » sur son téléphone, le désir plus présent que jamais, elle ouvrit à nouveau le dossier dans lequel était rangée la photo de groupe du lycée Saint-Roch et se pencha dessus, en soupirant.

– Alors, François, dit-elle à mi-voix. Que racontes-tu aujourd’hui ?

Son regard se décala sur l’adolescent du troisième rang, se tenant juste au-dessus de Bruneau. Comment s’appelait-il déjà ? Jean Grémond, lut-elle consultant ses annotations. Le fameux pote de Bruneau. Mais pourquoi le regardait-il ainsi ? Il n’avait pas particulièrement l’air heureux sur la photo. Une querelle d’adolescent ? songea-t-elle. Allons voir ce qu’il a à nous dire, celui-là.

Chloé appela la mairie de Bourmalon. Le maire était-il là ? Oui, lui répondit-on. Son planning indiquait qu’il était présent toute la journée. Très bien, se dit Chloé.

Trente minutes plus tard, elle se garait dans Bourmalon. La ville semblait beaucoup moins florissante que celle de Soulaizes, remarqua-t-elle après en avoir fait le tour.

– Bonjour, dit-elle à l’accueil présentant sa carte de police. Je voudrais parler à monsieur Grémond.

L’hôtesse appuya sur une touche du standard téléphonique.

– La police souhaite vous voir, monsieur le maire. Le lieutenant… Beaulieu, ajouta-t-elle en plissant les yeux sur la carte que Chloé tenait toujours devant elle. Puis-je la faire monter ?

Elle raccrocha.

– Vous pouvez y aller, lieutenant, dit-elle. C’est au premier étage, le bureau du fond sur la gauche. Prenez l’ascenseur, les escaliers sont pour le moment en rénovation.

Jean Grémond s’avança vers Chloé dès que celle-ci sortit de l’ascenseur. Ils s’installèrent dans son bureau dont l’intérieur était bien plus rustique que celui de Paul Morin.

– Quel est le motif de votre visite ? demanda Grémond.
– J’enquête sur l’affaire Bruneau, répondit Chloé.

Grémond hocha la tête.

– Oui, dit-il. Sale histoire… Vous savez, François était un ami proche. Nous nous voyions régulièrement.
– J’ai cru comprendre, effectivement.

Chloé sortit la photo du groupe scolaire et la plaça sous les yeux de Grémond.

– Vous vous en souvenez ? demanda-t-elle.

Grémond poussa un grand soupir.

– Mon dieu ! dit-il, c’est si vieux tout ça ! Où êtes-vous allée pêcher cette photo ?
– « Copains d’avant », vous connaissez ?
– Ce n’est pas ce site qui recense les photos scolaires ?
– Entre autres…
– J’en ai entendu parler, mais j’avoue que l’informatique, ce n’est pas mon truc. Mon assistante fait ça très bien pour moi. Et donc ?
– Là, dit Chloé, en montrant du doigt un adolescent, c’est bien vous ?
– Faites voir… Ah oui ! Mon dieu ! répéta-t-il. Que de souvenirs…
– Bons ?

Grémond sourit.

– Dans l’ensemble… je n’ai pas à me plaindre.
– Vous n’aviez pas particulièrement l’air heureux sur cette photo. Pourquoi regardiez-vous François Bruneau de cette façon ?

Le maire ouvrit des yeux effarés.

– Ça fait plus de quarante ans, lieutenant ! Vous pensez vraiment que je me souviens de mes états d’âme de l’époque ! Il se pencha à nouveau sur la photo, puis haussa les épaules. Nous étions des ados. A cet âge, un rien prend parfois des proportions… En tout cas, ça ne devait surement pas être très grave, je n’en ai aucun traumatisme, dit-il sur le ton de l’humour.
– Comment décririez-vous la personnalité de François Bruneau ? demanda Chloé.
– Eh bien, c’était un homme sympathique au fond. Oh ! Je ne dis pas qu’il n’avait pas son caractère, mais enfin comme nous tous, j’imagine. En tout cas, je n’ai rien de spécial à vous apprendre, désolé.
– Vous étiez où le soir de sa mort ?
– Pourquoi cette question ? demanda Grémond, surpris.
– La routine, dit Chloé. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul à qui je la pose.
– Oui, je me doute mais j’ai déjà répondu à l’un de vos collègues. J’étais chez moi, avec ma femme.
– Et cet appel que vous avez passé quelques jours avant sa mort ?
– Comme je l’ai dit, nous devions nous voir pour une affaire…
– De centre ? coupa Chloé.
– Vous savez ça aussi ? dit Grémond. Vous êtes bien informée, on dirait.
– C’est mon métier, répondit Chloé.

Elle se leva, s’apprêtant à prendre congé.

– Vous vous êtes blessé, remarqua-t-elle, désignant d’un geste la tempe gauche de Grémond sur laquelle un large pansement était posé.

Celui-ci porta la main à son crâne.

–  Ah ! Oui, fit-il avec une grimace. J’ai une sale manie pour me cogner un peu partout. Ça m’arrive tout le temps. Ma femme me dit que je ne fais pas assez attention.
– Et cette fois, c’était quoi ? demanda Chloé.
– Une étagère, de mon abri de jardin. J’avais décidé de tondre la pelouse et je cherchais ma rallonge. C’était samedi dernier. Il ne faisait pas trop chaud alors j’en ai profité. Et paf ! Encore un accident domestique ! Je n’ai vraiment pas de chance.
– Ça arrive, conclut Chloé avec un petit sourire. L’essentiel est que ce ne soit pas trop grave. J’y ai eu droit, il y a quelques années. Mais il a fallu qu’on me fasse des points de suture. J’en ai gardé un petit souvenir. Vous aussi ?
– Moi aussi ? demanda Grémond, sans comprendre la question.
– Vous aussi, vous avez eu besoin de points de suture ?
– Non, dit Grémond. Heureusement. Les piqures et moi… poursuivit-il avec un geste d’effroi. Sinon… vous avez fait des progrès sur le… décès de François ?

Chloé secoua la tête.

– Je ne peux malheureusement rien vous dire. Vous en saurez plus par les médias, je suppose.

Grémond la reconduisit à la porte, qu’il referma ensuite, pensif.

« Bien jeune, cette lieutenant, se dit-il, bien jeune et bien curieuse… »

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