Une affaire en cours – Chapitre 16

– Vous avez donc résolu l’affaire ? demanda en souriant Charles Meunier à Chloé qui s’était retrouvée à diner alors qu’elle était simplement passée informer celui-ci de l’avancée de l’enquête.

Chloé sourit à son tour.

– Encore nous faudrait-il les aveux.
– Ce qui n’est pas le cas…
– Loin de là. Ferreira nie tout en bloc.
– Evidemment. Si c’était si simple…

Malika était couchée devant la cheminée, profitant de la chaleur des flammes. Ses yeux étaient fermés mais ils s’ouvraient de temps à autre sur ses yeux verts qui scrutaient alors Chloé, puis Charles, comme si elle participait, à sa manière, à la discussion. Ou peut-être avait-elle une tout autre raison. Comment savoir ce qui se cache derrière le regard insondable d’un chat qui vous observe, immobile, l’air de rien ?

La porte du fond s’ouvrit sur Anou, toujours rayonnante, qui vint s’installer sur le canapé, aux côtés de Chloé. Anou l’observa un petit moment avec attention.

– Quelque chose en toi a changé, affirma-t-elle d’une voix légère.

Chloé, surprise, la regarda.

– Changé ? En quoi ?
– Je ne sais pas, dit Anou. Un petit quelque chose de différent. Peut-être une rencontre ?

Chloé se sentit devenir rouge.

– Mais pas du tout ! affirma-t-elle d’un ton ferme. Quelle idée !
– Il faut que vous sachiez, intervint Charles, qu’Anou possède des… facultés… un peu spéciales. Parfois, elle ne sait faire autrement que de dire ce qu’elle ressent, n’est-ce pas Anou ?
– C’est vrai, répondit-elle. Puis posant une main sur le genou de Chloé : oublions, veux-tu ? Et désolée si je te parais curieuse.
– Et puis, ce n’est pas de la curiosité malsaine, ajouta Charles, Anou n’est pas comme cela. Elle prend soin des autres, c’est tout.
– Ça n’a vraiment pas d’importance, dit Chloé. De toute façon, je ne suis pas prête à remettre le couvert, pardonnez-moi l’expression.

Amusés, Charles et Anou échangèrent un petit regard de connivence.

– Si nous passions à table ? proposa Anou. Chloé, tu vas goûter mon gratin spécial jardin. Tu sais que j’ai hâte de revoir ta puce. Je sens qu’elle va égayer notre quotidien, même si celui-ci est loin d’être triste, ajouta-t-elle en jetant vers Charles un regard pétillant.

Chloé observa le couple qui se lançait des œillades d’adolescents. Comme ils sont beaux, ces deux-là, pensa-t-elle. Elle se sentit soudain particulièrement heureuse d’être ici. Elle n’avait vraiment rien à regretter. Elle avait fait le bon choix et ce choix, elle l’assumerait. Il lui fallait simplement le moment propice, peut-être comme celui-ci ?… Chloé observa la fourchette qu’elle venait de plonger dans son assiette. La faim fut la plus forte. Bientôt, se dit-elle. Oui, bientôt…

Vingt et une heures trente. Repue, Chloé était rentrée chez elle. Elle s’apprêtait à profiter du bain qu’elle venait de se faire couler, histoire de se détendre quand son téléphone sonna. Etonnée, elle regarda le numéro affiché qui lui disait vaguement quelque chose. Y avait-il du neuf au commissariat ? Le suspect en garde à vue avait-il craqué ?

– Oui ? dit-elle en débloquant son téléphone.
– Je suis infiniment désolé de vous déranger… lieutenant.
– Monsieur Bruneau ? s’étrangla presque Chloé. Quel culot ! se dit-elle sur le point de raccrocher après lui avoir fait comprendre qu’elle n’était PAS intéressée.
– Attendez, dit celui-ci, ne raccrochez pas, je vous en prie.

Chloé prit une profonde inspiration, laissant quelques secondes s’écouler.

– … Je vous écoute, dit-elle enfin.
– Ecoutez, je crois que nous sommes partis sur des mauvaises bases. Je suis suspect ? D’accord, je ne le conteste pas. Vous ne voulez pas diner avec un suspect ? Je comprends parfaitement. Mais… si nous prenions simplement un verre… en parlant de ma mère, de ma sœur, de mon père… ça resterait dans le cadre de votre enquête, non ?

Chloé ne put s’empêcher de sourire. Décidément, ce Bruneau était un tenace. Ça tombait bien, elle aussi. Puis elle haussa les épaules. Un verre ? Après tout, pourquoi pas ? Elle n’était pas fatiguée. Et peut-être tirerait-elle des informations complémentaires non négligeables. Ferreira n’avait pas encore avoué, cela pourrait prendre du temps. Et puis, si celui-ci n’était pas le véritable coupable ? Il fallait tout envisager.

– Laissez-moi une petite heure, rétorqua finalement Chloé. Je vous retrouve où ?
– Au Bloody Mary. C’est un pub. Ils font aussi de la très bonne bière.
– D’accord, à tout à l’heure.

Chloé appuya sur la touche fin d’appel. Elle resta un petit moment immobile, songeuse, puis elle se secoua, se leva pour aller se glisser dans le bain chaud qui l’attendait. Des papillons couraient en elle, qu’elle tenta de chasser. Je me demande, se dit-elle avant de plonger la tête sous l’eau, si c’est une bonne idée.

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