Un soir de Noël

Je suis assis au bout de la table. C’est là qu’a toujours été réservée ma place. Je peux ainsi voir mes enfants qui se chamaillent, encore…

Je ne peux m’empêcher de sourire à l’intérieur, mais mon visage reste impassible. Comme d’habitude, il va falloir que je remette de l’ordre dans tout ça.

Il y a mes deux garçons et mes deux jolies filles, mes deux petites chouchoutes. Je les gâte toujours en douce. Les garçons n’ont pas à se plaindre ! Je suis un père juste et je sais reconnaître les qualités de chacun. Mais il faut parfois que je hausse le ton, ces galopins n’en font souvent qu’à leur tête.

Ce soir c’est Noël. C’est jour de fête. On ne va pas se disputer. Les enfants sont un peu excités, c’est normal. Je me sens bien dans la chaleur qui a gagné tout mon corps. Cela faisait si longtemps. Ma douce Annie est partie, dans un pays d’où l’on ne revient pas. Je me suis senti bien seul durant ces dernières années.  

Mais ce soir, tout le monde est là. J’observe mes enfants devenus grands. Ils se chamaillent, encore, riant pour des broutilles, racontent les anecdotes du passé, faisant surgir des souvenirs qui dansent sous mes yeux. De temps en temps, pensant que je ne les vois pas, ils me lancent des coups d’œil discrets, brillant de sollicitude, puis ils se regardent entre eux en souriant tout bas. Les conversations sont joyeuses, emplies d’éclats de rire. Mes petits-enfants écoutent en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

Je regarde mes enfants. Ils n’ont pas changé. A mes yeux, ils sont toujours les mêmes. J’ai été témoin de leurs premiers mots, de leurs premiers pas. J’ai rattrapé leurs bêtises parfois, les ai protégés, aidés. J’ai observé de près, puis de loin, leur envolée. A présent, ce sont des adultes. Pourtant je vois encore l’innocence dans chacun de leurs gestes.

Mon cœur gonfle. Déborde. Je pense à Annie. Elle nous observe de son sourire taquin. Elle est là, autour de nous, en nous.

Ce soir, à nouveau, je goûte au bonheur.

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