La dernière enquête – IV

IV – ENTRE DEUX

Depuis plusieurs semaines, la lettre de Robert Perrichon stagne dans un tiroir, au milieu de divers papiers.

Le travail avait repris avec une telle intensité que Baptiste n’a plus eu un instant à lui. Depuis sa visite à Perrichon, avant que celui-ci ne s’installe dans la maison léguée par sa tante, il a plongé tête baissée dans les différentes affaires dont il a eu la charge, certaines parfois très lourdes, l’empêchant finalement de se demander où il en est réellement. Mais il se dit que ce n’est peut-être pas plus mal. Ses interrogations ne font sans doute pas bon ménage avec les vicissitudes de la vie quotidienne.

Baptiste se démène tant bien que mal pour essayer de conjurer la violence qui s’agrippe aux quatre coins de la ville. Le monde devient complètement aberrant, se dit-il. Parfois, une question s’immisce : est-ce le monde qui le devient ou est-ce son regard à lui qui a changé ? Le sens qu’il avait toujours donné jusqu’alors à son travail semble aujourd’hui en passe de totalement disparaitre.

*

Ce jeudi soir, assis sur son canapé devant le journal télévisé, Napoléon dormant béatement tout au bout, Baptiste se remémore soudain la lettre de Perrichon. Où l’a-t-il fourrée ? Mû par un élan, il se lève brusquement. Il la retrouve du premier coup, la déplie, la relit.

Depuis combien de temps n’est-il pas parti ? Bien sûr, il lui est arrivé de prendre quelques jours mais comme il restait chez lui, le travail revenait vite au centre de ses préoccupations et il se retrouvait à son bureau, c’était plus fort que lui.

S’il allait quelque part, ailleurs, ce serait sans doute différent. Voilà ce qui lui manque. Sortir véritablement de son environnement.  Et puis une semaine avec ou sans lui, de toute façon, le monde ne s’arrêtera pas de tourner. Il s’inquiète tout à coup. Perrichon habite-t-il toujours dans la maison que sa tante lui a léguée ? N’en a-t-il pas profité pour s’éclipser vers une autre contrée ? Le cœur de Baptiste se met à cogner un peu plus fort d’une appréhension étrange. Pour le savoir, un seul moyen. Baptiste coupe le son de la télé, se saisit de son téléphone et compose le numéro inscrit en bas de la lettre.

Pendant que la sonnerie résonne dans le silence de son appartement, il jette un œil sur Napoléon, toujours aussi absent dans son sommeil bienheureux. Il sait qu’il peut compter sur Odette, sa voisine pour s’en occuper durant son absence.

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